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Géopolitique de la Méditerranée

de Béligh Nabli

Paris, Armand Colin, 2015, 277 pages

Par Denis Bauchard

 

Abordant la géopolitique de la Méditerranée, Béligh Nabli montre les mêmes qualités de synthèse et de clarté qu’il avait manifestées dans son précédent ouvrage « Comprendre le Monde arabe », publié en 2013. Le sujet est complexe et sensible à bien des points de vue. Terminé avant la crise des réfugiés qui s’est développée de façon spectaculaire au début de 2016, il permet d’en mieux comprendre les racines et les conséquences. De façon prémonitoire, il soulignait déjà les défaillances de l’Union européenne : «  Cette incapacité à s’inscrire dans un ensemble commun trahit aussi l’absence de vison stratégique au moment où la question migratoire prend une dimension humanitaire et devient une donnée constitutive de l’avenir économique et démographique de l’Europe ».

Evoquant successivement tous les aspects du monde méditerranéen – histoire, culture, hétérogénéité politique, fractures économiques et démographiques, conflits et jeu des influences extérieures – il reconnait qu’il n’a plus le rôle central qu’il avait pu jouer pendant plusieurs siècles tout en demeurant un « espace stratégique mais aussi un espace mondial au sens où il constitue la caisse de résonnance des évènements internationaux contemporains ». Certes le monde méditerranéen a des caractères spécifiques et affiche des traits communs, en particulier un certain art de vivre, et les civilisations méditerranéennes « forment ensemble une construction par sédimentation ». Mais il a également une « identité mosaïque » et l’évolution actuelle va plutôt dans le sens de sa fragmentation en blocs antagonistes.

La politique méditerranéenne de la France et de l’Europe qu’elle a largement inspirée fait l’objet de développements critiques. L’auteur évoque en particulier l’échec de l’Union pour la Méditerranée qui devait reposer sur « un grand rêve de paix et de civilisation ». Initiée de façon brouillonne, malgré la mise en garde du Quai d’Orsay, elle a été lancée sans concertation préalable avec nos principaux partenaires, notamment l’Espagne et l’Allemagne, et sans véritable intérêt de la part des pays du Sud. Elle n’apparaît plus maintenant que comme une coquille vide.

Toutes les grandes puissances s’intéressent à cet espace sensible. S’agissant des Etats-Unis, leur désengagement souligne Beligh Nabli ne sera que relatif et leur vigilance continuera de s’exercer contre tout ce qui pourrait menacer la sécurité d’Israël. La Chine devient également « une nouvelle puissance méditerranéenne » dont il ne faut pas sous-estimer le rôle. Certes les préoccupations économiques dominent mais les ressortissants chinois sont de plus en plus nombreux dans les pays du Sud et les préoccupations politiques ne sont pas absentes : celles-ci s’affirment comme le montre son jeu au Conseil de sécurité, notamment sur la Syrie, et la volonté de développer un dialogue politique, en particulier à travers le forum Chine–pays arabes qui se réunit régulièrement. Les manœuvres navales conjointes avec la Russie menées en mai 2015 témoignent aussi de l’ambition chinoise de s’afficher comme un acteur influent en Méditerranée.

Dans le contexte spécialement turbulent que connait le monde méditerranéen, ce livre apporte un décryptage intellectuellement stimulant et mérite une lecture attentive.

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