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La relation franco-algérienne au regard de l’analyse de politique étrangère, par Frédéric Charillon

Paru dans Questions internationales, n° 81, septembre 2016

La relation franco-algérienne serait si “passionnelle” (DUBOIS, TABET, 2015) qu’elle en deviendrait “infernale” (TUQUOI, 2007). Comment prétendre encore la dépassionner, oublier le passé pour construire l’avenir – comme l’ont promis pratiquement tous les présidents français de la Ve République – lorsqu’on en connaît la toile de fond historique, ses plaies, ses chiffres ? Car elle participe de ce phénomène qui reste l’un des plus indéchiffrables dans les relations internationales : la relation de politique étrangère post-coloniale. Une relation faite de passion, d’intimité, de nostalgie pour certains, de haine pour d’autres, sentiments d’autant plus persistants qu’ils sont entretenus par de nombreux acteurs toujours en vie de part et d’autre de la Méditerranée.

Pour beaucoup d’Algériens, la France reste un référentiel dont certains segments de la société continuent de suivre l’actualité, des arcanes politiques jusqu’aux programmes de télévision ; de la politique des visas jusqu’aux artistes en vogue. La classe politique française, encore sous François Hollande, compte de nombreux ténors nés en afrique du Nord : c’est un ministre important qui vient visiter pour la première fois un cimetière français d’Oran où une partie de sa famille est enterrée ; c’est un haut fonctionnaire de police qui s’échappe d’une visite officielle pour appeler son père en France et lui dire, dans l’émotion qu’on imagine : « je suis devant la maison ».[1]

Que nous apprend cette relation franco-algérienne du point de vue de l’analyse de la politique étrangère ? Le couple Paris-Alger donne d’abord à voir un cas de dilemme « rupture impossible, normalisation improbable », qui n’est pas rare : la densité de l’interaction est si forte entre les deux pays que l’on ne saurait aller à la rupture, ni même se laisser aller à l’ignorance mutuelle. Mais le poids du passé est tel que cette interaction ne peut se banaliser.[2] Par ailleurs, elle offre un mélange de réalisme (le poids des intérêts et des appareils d’Etat) et de construction sociale de la réalité (perceptions des rôles et des identités), à ravir les théoriciens. Elle met également aux prises les acteurs, qui tentent d’imprimer leur marque sur cette relation, et le système (international ou régional), qui unit la France et l’Algérie dans un même contexte méditerranéo-sahélien de sécurité. La spécificité franco-algérienne réside dans le cumul de ces incertitudes, qui rend toute anticipation prospective pour le moins difficile.

 

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